95...Un nouveau slogan :Quand il y a 7-2-9 sur le paquet, n’achetez pas, ça vient d’Israël
Militants « antisionistes »,
vêtus de t-shirts verts, ils étaient samedi au Carrefour
de Montigny (95) pour appeler au boycott des produits
israéliens.
Rendez-vous
a été fixé à 14 heures sur un parking,
à la sortie de la gare RER de Garges-Sarcelles, dans le
Val-d’Oise. Nous sommes samedi. Les militants de
« Boycott Israël », une bonne trentaine, la
plupart arabo-musulmans, des juifs aussi, issus pour beaucoup des rangs
d’Euro-Palestine, arrivent les uns après les autres, en
voiture ou en transports publics. Petit frisson de
clandestinité. Chez certains, les t-shirts verts portant les
inscriptions « Palestine vivra » sur le devant et
« Boycott Israël » au dos sont encore
dissimulés sous les vestes. D’autres les enfileront
à la hâte, une fois dans le magasin, à
l’instant « t ». Quelques-uns seulement
connaissent le lieu final de l’opération. Certitude :
il s’agit d’un hypermarché, probablement de la
chaîne Carrefour.
L’expédition
du jour, la quarantième en France, paraît-il, depuis la
fin de la guerre à Gaza, en janvier dernier, voit la
participation, pour la première fois, d’Omar Slaouti, du
Nouveau Parti anticapitaliste (NPA, ex-LCR), tête de liste en
Ile-de-France aux élections européennes, et d’Alima
Boumediene, sénatrice des Verts. Une télévision
iranienne « en langue anglaise » est de la partie.
Omar
Slaouti n’entend pas laisser à Dieudonné, candidat
aux européennes également, le monopole de
l’« antisionisme » : « Cela fait longtemps que nous sommes actifs sur ce terrain »,
dit-il .
La
caravane des voitures se met en mouvement. La destination est cette
fois-ci connue : le Carrefour de
Montigny-lès-Cormeilles, dans le Val-d’Oise. Le trajet
dure 20 minutes. Arrivés sur place, les véhicules
garés, les « Boycott Israël »
convergent vers les étales des fruits et légumes, fournis
en produits « made in Israël ». C’est
le moment de se découvrir : les t-shirts verts – « l’une
des couleurs du drapeau palestinien, n’y voyez aucune
référence à l’islam », précise Boualem Snaoui, du collectif – apparaissent fièrement.
Les militants antisionistes remplissent leurs caddies de mandarines, d'oranges, de pamplemousses... « Voyez, affirme l’un d’eux, Carrefour tente de tromper la clientèle sur l’origine de la marchandise. » Un vigile de l’hypermarché assistant au spectacle semble approuver l'opération en cours : « C’est une manifestation pacifiste », dit-il, retenant un sourire. Slimane, un client avec sa fille : « Moi-même
je boycotte les produits israéliens. C’est bien, ce
qu’ils font, par rapport à l’injustice qui est faite
à l’Etat palestinien et vis-à-vis du soutien
inconditionnel des Occidentaux à Israël. »
Un
jeune employé aux fruits et
légumes dit être d’accord avec le
principe de cette action, « mais c’est la main-d’œuvre palestinienne qui va morfler, ajoute-t-il, car c’est elle qui travaille dans les exploitations israéliennes ».
Les partisans de « Boycott Israël »
invoquent le droit international, selon lequel, arguent-ils, les « pays
colonisateurs n’ont pas le droit d’exporter des
marchandises produites dans les colonies ».
Le
monôme progresse dans les allées du magasin. Une femme du
groupe antisioniste parle de lessives aux clients qu’elle
rencontre. Elle se veut pédagogue : « Dash,
Lacroix, Ariel – rien que le nom, ça me donne la
nausée –, ça vient
d’Israël. » A une dame portant le voile, accompagnée de quatre enfants, elle dit : « Quand
il y a 7-2-9 sur le code barre du produit, n’achetez pas,
ça vient d’Israël. » Et
d’écrire au stylo-bille les chiffres sur la paume de la
main d’une des filles de la dame, pour qu’elle s’en
souvienne. La mère ne parle pas bien français, mais elle
est réceptive aux arguments qu’elle vient
d’entendre : « Moi, turque. Israël, ça va pas. »
Un jeune couple avec ses deux filles, des clients. Le mari : « Je
suis contre ce qui se passe en Israël, mais je pense que leur
boycott des produits israéliens est inutile. Je suis
moi-même d’origine juive, par ma mère. Mais je ne
suis pas juif. » Un « animateur » de l’hypermarché Carrefour est sceptique : « Un
pays pour les Palestiniens et un pays pour les Israéliens,
voilà ce qu’il faut. Mais comme ça ne marche pas
depuis 3000 ans, qu’est-ce que vous voulez que je vous
dise ? »
Quelques
policiers en uniforme encadrent maintenant les contestataires, qui
s’approchent des caisses. La manifestation touche à sa
fin. Les caddies remplis de marchandises « made in
Israël » sont abandonnés dans les travées
du magasin. Les employés de l’hypermarché se
chargeront de tout remettre en place. « Boycott Israël, Carrefour complice ! » crient les « t-shirts verts ». « Ha, ça, ce n’était pas prévu, ça devait rester silencieux »,
explique Rachid, l’un d’eux. Rachid compare l’appel
au boycottage des produits israéliens aux démarches du
même type entreprises du temps de l’apartheid en Afrique du
Sud, et se défend d’être antisémite. « A l’époque de Mandela prisonnier, dit-il, ce n’était pas du racisme anti-Blancs. Aujourd’hui,
ça n’a rien à voir avec un quelconque sentiment
anti-juif. Ce sont les médias qui montent les juifs contre les
Arabes. »
Le
7 juin, jour des élections européennes, Rachid affirme
qu’il votera pour un parti se réclamant de l’« antisionisme », car « c’est cela qui importe » : entre
l’original Dieudonné, déjà présent au
scrutin européen en 2004 sur une
liste « Euro-Palestine », et la copie
NPA, officiellement soutenue, pourtant, par le collectif
« Boycott Israël », son choix semble fait.
A
la sortie du magasin, les leaders de la manifestation du jour montent
sur un promontoire en béton pour prendre, une dernière
fois, la parole. Un policier en civil, brassard au bras, observe
et prend des notes sur un grand calepin : « On
est là pour assurer l’ordre public. C’est une
manifestation pacifiste, il n’y a aucun trouble », dit-il. La
direction du groupe Carrefour, dont un grand nombre
d'hypermarchés sont implantés en banlieue où
réside une proportion importante de personnes de confession
msuslmane, affiche une prudente neutralité : surtout,
pas d'emmerdes !
Serge Grossvak, militant communiste Juif , membre de l'Union juive française pour la paix a également participer à ce projet.